Dans son rapport dédié à la qualité de l’air intérieur, l’Anses met en évidence un risque encore largement sous-estimé dans les lieux de travail : celui lié aux polluants issus des matériaux de construction anciens. Dans les bureaux, établissements scolaires ou locaux techniques, certaines substances, invisibles mais bien présentes, exposent les occupants à des nuisances toxiques, parfois sans qu’aucun diagnostic n’ait été réalisé. L’étude rappelle que le vieillissement du bâti, combiné à une ventilation insuffisante, favorise la résurgence de polluants comme l’amiante, le plomb et les poussières.
Malgré son interdiction depuis plus de deux décennies, l’amiante reste fréquent dans les bâtiments construits avant 1997. Le rapport pointe les nombreuses situations où, sans intervention directe, des fibres peuvent néanmoins se retrouver dans l’air ambiant : vibrations dues à l’usage du bâtiment, déplacements dans des zones techniques ou défauts d’étanchéité dans les faux plafonds. Dans ces conditions, l’exposition des agents d’entretien ou des personnels techniques peut se produire sans alerte préalable ni mesure de prévention.
Le diagnostic plomb, bien qu’obligatoire dans certaines circonstances, reste rarement envisagé dans le cadre d’une simple occupation des lieux. Pourtant, dans les zones non rénovées ou faiblement ventilées, les anciennes peintures peuvent libérer des poussières contaminées. Les caves, archives ou locaux désaffectés constituent des poches d’exposition que peu de plans de prévention prennent en compte. Le risque est d’autant plus insidieux qu’il se manifeste par imprégnation lente et peut concerner des personnes non ciblées par les protocoles habituels.
L’étude souligne l’importance des poussières accumulées en surface. Mais aussi dans les gaines, les recoins inaccessibles ou les systèmes de ventilation non entretenus. Ces résidus, porteurs de polluants variés selon les matériaux, circulent ensuite dans l’air intérieur. Le manque de repérage, l’absence d’analyse précise et les lacunes de nettoyage technique contribuent à pérenniser cette pollution diffuse, qui échappe encore trop souvent aux dispositifs de contrôle.
Pour l’Anses, il devient urgent d’intégrer ces expositions aux diagnostics réguliers des bâtiments occupés et non plus seulement aux situations de travaux ou de mise en vente. Le rôle du diagnostiqueur ne peut se limiter au respect réglementaire ponctuel : il s’agit d’une mission sanitaire à part entière, qui suppose des repérages ciblés, une évaluation du risque en usage courant et une meilleure information des occupants. À défaut, les bâtiments deviennent silencieusement toxiques et les risques professionnels continuent de s’accumuler, hors radars réglementaires.